There is no compassion avaible.
"Il faut que je rentre." - "Ah bon, déjà? Tu vas travailler ?"
Oui voilà c'est ça. Je vais travailler.
Mais, idiote, comment veux-tu que je fasse quoi que ce soit après tout ce qui tu viens de me dire ? Après que tu viennes de décortiquer toute ma chair, toute mon être, en petits bouts uniformes et ininteressant, comme si je n'étais qu'une vulgaire chose bonne à être disséquée comme tu viens de le faire, si impersonnellement et si cruement, sans pitié? Tout ce que tu viens de me dire, qu'avant j'avais un univers magnifique nourri par mes douleurs, mes regrets et mes actes manqués; comme quoi je suintais et crachais par tous mes pores cette joie de vivre qui sonnait étrangement, comme une multitude de clochettes désarmonieuses; que je suis en train de tout perdre, de le perdre entièrement, cet univers, que je m'en éloigne à force de le renier et de m'en éloigner, que je pers tout ce que tu appelle de la valeur. Alors il paraît que je disparaît, que je deviens une chose ininteressante et sans attrait, à force de vouloir me détacher de tout ce qui me compose et me façonne. Que je me perd. Que j'ai perdu mes couleurs, mon sourire, à force de me laisser trainer par ce courant si fort, si puissant, que la meilleure des solutions reste l'abandon. Mais tu ne comprends rien, tu ne comprend pas l'effet que peut me faire de tels mots, toi tu n'es pas là en ce moment à côté de moi pour me voir tenter en vain de retrouver ma respiration que cette putain de boule dans la gorge obstrue, t'es pas là non plus pour voir mes épaules se déformer sous les coups des sanglots qui m'assaillent, nan t'es pas là pour voir l'effet dévastateurs qu'ils ont, tes putains de mots. Et que ça sorte de toi, ou d'une autre personne, ça m'es bien égal, ce qui me fait mal c'est que ces mots me ressemblent, ou plutôt qu'ils me ramène à ce que je suis réellement, à ce que j'ai perdu. Ouais, j'ai mal, mais toi tu vois rien, tu vois pas en ce moment mon visage rendu méconnaissable par les larmes et ce putain de mascara qui ne tient pas assez, tu vois pas mes joues blanches comme la craie et mes yeux qui me hurlent d'arrêter cette hémorragie, qui n'en peuvent plus de crier et de faire suinter cette coulée acide, oui, parce que tout ce que j'ai en moi en ce moment c'est l'Amertume, avec son goût acre, c'est elle qui pourri chaque parcelle de mon corps et fait de moi son pantin, sa poupée, sa pute, qu'elle tourne et qu'elle retourne quand elle le souhaite. Mais toi tu ne peux pas m'aider, parce que tu ne connais pas ça, cette nuée ardente dans ma tête qui me crève les tympans même dans le silence le plus total, et qui me brûle les yeux chaque nuit. Alors ne me dit pas des choses comme ça, si t'es incapable de me sauver de ce que je deviens.
Et même si tu m'aimes, ça ne change rien.